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Dispositifs médicaux et dispositifs médicaux de diagnostic in vitro : une recodification réglementaire pour tirer les conséquences du cadre européen

Les décrets n°2026-298, relatif aux dispositifs médicaux de diagnostic in vitro (« DMDIV ») et n°2026-299, relatif aux dispositifs médicaux (« DM »), ont été publiés au Journal officiel du 21 avril 2026. 

Ces deux décrets à une réécriture d’ampleur de la partie réglementaire du Code de la santé publique (« CSP ») à la suite des ordonnances de 2022 prises pour l’application des règlements européens (UE) 2017/746 et (UE) 2017/745.

Ils viennent ainsi aligner, structurer et clarifier les règles nationales applicables :

  • aux déclarations d’activité,
  • à la vigilance (réactovigilance et matériovigilance),
  • à la traçabilité,
  • ainsi qu’aux sanctions, dans les domaines où les règlements européens laissaient aux États membres une marge d’organisation.

Ces décrets ne créent pas de nouvelles exigences de fond : celles-ci sont, pour l’essentiel, directement issues du droit européen et déjà applicables depuis l’entrée en vigueur des règlements. Leur apport réside principalement dans leur mise en cohérence et leur opérationnalisation en droit interne.

Une organisation clarifiée du rôle de l’ANSM

Les deux décrets confirment et précisent le rôle central de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (« ANSM »).

Pour les DMDIV comme pour les DM, le directeur général de l’ANSM est explicitement désigné comme :

  • autorité compétente en cas de litiges de classification,
  • autorité organisatrice des régimes de déclarations d’activité : formulaires, délais, modalités,
  • point de centralisation des signalements de vigilance.

Il lui revient notamment de fixer les modalités de dépôt des déclarations, l’obligation de signaler sans délai toute modification, la confirmation périodique des informations déclarées, ainsi que les conséquences attachées à l’absence de régularisation d’un dossier incomplet.

Vigilance : une architecture nationale consolidée

Les décrets réorganisent la présentation de la réactovigilance (DMDIV) et de la matériovigilance (DM) au sein du CSP, sans en modifier la philosophie.

Ils précisent :

  • les obligations de désignation des correspondants locaux de vigilance pour établissements, groupements et, selon les cas, certains autres acteurs,
  • la répartition des rôles entre les établissements, les fabricants, l’ANSM et les coordonnateurs régionaux,
  • ainsi que les circuits de signalement des incidents graves.

L’objectif est ici de renforcer la lisibilité du dispositif national, en cohérence avec les obligations européennes existantes.

Dispositions spécifiques aux DMDIV : traçabilité de certains tests

Le décret DMDIV précise les modalités nationales de traçabilité applicables à certains dispositifs, notamment :

  • les tests rapides d’orientation diagnostique (TROD),
  • et certains dispositifs d’autodiagnostic utilisés ou dispensés hors établissement de santé.

Les professionnels habilités à réaliser des TROD ou pouvant dispenser les dispositifs d’autodiagnostic doivent enregistrer, sur support informatique, les données nécessaires à l’identification de la personne concernée, le code IUD (identifiant unique des dispositifs) lorsqu’il est disponible ou, à défaut, les références du dispositif, ainsi que la date de réalisation du test ou de dispensation. Cela permettra, le cas échéant, une gestion rapide des incidents ou risques graves.  

Le texte encadre également la gestion des données personnelles, en précisant les responsabilités des professionnels en tant que responsables de traitement, les durées de conservation et les modalités d’information des personnes, en articulation avec le RGPD et la loi Informatique et Libertés. S’agissant des durées de conservation, elles sont fixées à une durée maximale de trois ans à compter de la réalisation du TROD ou de la dispensation du dispositif d’autodiagnostic.

Dispositifs médicaux : traçabilité des implantables et dispositions sectorielles

Le décret n°2026-299 relatif aux DM reprend et structure les règles de traçabilité des dispositifs implantables, en cohérence avec l’article 18 du règlement (UE) 2017/745.

Il précise notamment :

  • les données à enregistrer,
  • les professionnels et établissements concernés,
  • ainsi que les durées de conservation, particulièrement longues pour certains dispositifs à risque. A ce titre, les données doivent être conservée  pendant toute la durée d’implantation, puis vingt ans après l’explantation, dix ans à compter du décès du patient, et jusqu’à quarante ans pour certains dispositifs incorporant une substance dérivée du sang. En l’absence de date d’explantation ou de décès, la conservation ne peut excéder soixante ans à compter de l’implantation.

Ce décret intègre également, dans la nouvelle architecture réglementaire, le régime de remise en bon état d’usage de dispositifs médicaux à usage individuel. Si ce régime avait été initié par le décret du 17 mars 2025 et d’arrêtés de février 2026 (voir à ce sujet notre article de mars 2026 – Remise en bon état d’usage des DM : publication des arrêtés d’application), le présent texte en assure la pleine insertion dans la nouvelle architecture de la matériovigilance. Il en précise la définition, confirme l’exigence d’une certification de quatre ans et aménage le régime transitoire : les opérateurs bénéficient d’un délai allant jusqu’au 1er septembre 2027 pour se mettre en conformité avec l’obligation de certification.

D’autres dispositions sectorielles, déjà existantes, sont reprises et reclassées dans la nouvelle architecture réglementaire, notamment :

  • la délivrance supplémentaire exceptionnelle de certains dispositifs médicaux par le pharmacien d’officine, en cas d’ordonnance renouvelable expirée, afin d’éviter une interruption de traitement chronique ;
  • l’encadrement de la mise à disposition de dispositifs injectables contenant de l’acide hyaluronique, réservée à certains professionnels de santé pour un usage professionnel et sur prescription.

Entrée en vigueur 

Les deux décrets entrent en vigueur le 22 avril 2026.

Deux reports ciblés méritent toutefois d’être isolés :

  • pour les DMDIV, les nouvelles exigences de traçabilité de certains TROD et dispositifs d’autodiagnostic entreront en vigueur à une date fixée par arrêté et au plus tard le 1er janvier 2027 ;
  • pour les DM, la section sur la traçabilité des dispositifs implantables n’entrera en vigueur, pour les pharmaciens d’officine, que le 1er septembre 2026.

En définitive

Ces deux décrets n’opèrent pas une refonte de fond du régime des DM et des DMDIV, déjà largement structuré par le droit de l’Union européenne.

Ils constituent en revanche une étape importante de sécurisation et de clarification du droit interne, en rendant pleinement lisibles et directement applicables, au sein du Code de la santé publique, des obligations nationales jusqu’alors éparses ou partiellement dissociées des règlements européens.

FAQ

Quelle est la différence entre un dispositif médical (DM) et un dispositif médical de diagnostic in vitro (DMDIV) ?

Quelle est la différence entre un dispositif médical (DM) et un dispositif médical de diagnostic in vitro (DMDIV) ?

Un DM est destiné à être utilisé à des fins médicales telles que la prévention, le diagnostic, le traitement ou le suivi d’une maladie. Un DMDIV est un dispositif médical utilisé pour analyser des échantillons biologiques afin de fournir une information médicale ou diagnostique. Ces deux catégories de produits de santé relèvent de deux règlementations distinctes.

Les décrets de 2026 créent-ils de nouvelles obligations pour les DM et DMDIV ?

Non. Les décrets ne créent pas de nouvelles exigences de fond.
Ils organisent et structurent en droit français l’application des règlements européens (UE) 2017/745 et 2017/746, notamment en matière de vigilance, de traçabilité, de déclarations d’activité et de sanctions.

Pourquoi était-il nécessaire d’adopter ces décrets en France ?

Les règlements européens sont directement applicables, mais ils laissent aux États membres le soin d’organiser certains aspects pratiques.
Les décrets ont ainsi pour objectif de rendre les obligations européennes pleinement opérationnelles et lisibles dans le Code de la santé publique, en précisant les rôles des acteurs et les circuits applicables en France.

Qui est concerné par les obligations prévues par les décrets DM et DMDIV ?

Les obligations issues de ces décrets concernent notamment :

  • les fabricants, importateurs et distributeurs,
  • les établissements de santé et groupements,
  • les professionnels de santé utilisateurs,
  • et, plus largement, tout acteur mettant sur le marché, utilisant ou délivrant des dispositifs médicaux ou de diagnostic in vitro en France.

Quelle est la différence entre la matériovigilance et la réactovigilance ?

La matériovigilance concerne les dispositifs médicaux (DM), tandis que la réactovigilance s’applique aux dispositifs médicaux de diagnostic in vitro (DMDIV).
Dans les deux cas, il s’agit de mécanismes de surveillance et de déclaration des incidents ou risques graves, organisés entre les professionnels, les établissements, les fabricants et l’ANSM.

Qu’est-ce qu’un correspondant local de vigilance ?

Il s’agit de la personne désignée au sein d’un établissement, d’un groupement ou, selon les cas, d’une structure concernée, pour assurer localement le relais des obligations de matériovigilance ou de réactovigilance.

Les décrets précisent cette obligation de désignation et renforcent la lisibilité du dispositif en imposant la communication de son identité aux autorités compétentes.

Que recouvre la notion de traçabilité des dispositifs médicaux ?

La traçabilité vise à permettre, à tout moment, l’identification :

  • du dispositif concerné,
  • de son utilisation,
  • et, le cas échéant, du patient.

Elle est essentielle pour la gestion des incidents, la sécurité des patients et le suivi des dispositifs implantables ou à risque.

Qu’est-ce que l’identifiant unique des dispositifs (« IUD ») ?

L’IUD est un code permettant d’identifier de manière unique un dispositif médical.

Lorsqu’il est disponible, l’IUD doit être enregistré dans le cadre des obligations de traçabilité. À défaut, d’autres éléments d’identification (référence, numéro de lot ou de série, fabricant) doivent être utilisés.

Le cabinet est à votre disposition pour répondre à vos questions.

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Article classé dans : Droit de la santé

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