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Décret n°2026-153 du 3 mars 2026 : nouveau régime de sanctions financières pour les services numériques en santé

Le décret n°2026-153 du 3 mars 2026, publié au Journal officiel du 4 mars 2026, précise la procédure d’application des sanctions financières prévue à l’article L. 1470-6 du Code de la santé publique (« CSP »).

Ce texte renforce le cadre de régulation des services numériques en santé, notamment en matière de certification, d’interopérabilité, d’éthique et de sécurité des systèmes d’information de santé.

Ces dispositions sont applicables à compter du 5 mars 2026.

Un renforcement de la régulation du numérique en santé

La loi de financement de la sécurité sociale pour 2023 (loi n°2022-1616 du 23 décembre 2022) a consolidé le cadre applicable aux services numériques en santé définis à l’article L. 1470-1 du CSP.

Certains services numériques doivent désormais disposer d’un certificat de conformité attestant du respect des référentiels :

  • d’interopérabilité
  • de sécurité
  • d’éthique, mentionnés à l’article L. 1470-5 du CSP

La règlementation avait prévu qu’en cas :

  • d’absence de certificat obligatoire
  • ou de non-respect des référentiels applicables

le ministre chargé de la santé puisse prononcer une pénalité financière.

Le décret du 3 mars 2026 vient encadrer précisément cette procédure.

Rôle de l’Agence du numérique en santé

Le décret confie un rôle central à l’Agence du numérique en santé (« ANS »), dont les missions sont élargies.

Mise en place d’un portail de signalement

L’ANS administre un portail de recueil de signalements permettant de remonter les manquements relatifs :

  • à l’absence de certificat de conformité, et
  • au non-respect des référentiels techniques.

Elle doit informer les éditeurs et utilisateurs de l’existence de ce portail.

De son côté, la Caisse national de l’assurance maladie (« CNAM ») transmet à l’ANS les manquements constatés chez les professionnels et établissements de santé utilisateurs.

Programme annuel de contrôle

  • L’ANS doit également établir chaque année un programme de contrôle, approuvé par arrêté ministériel.
  • Un bilan annuel devra préciser :
  • le nombre de contrôles réalisés
  • les manquements relevés
  • leurs caractéristiques principales
  • les suites données.
  • Ce bilan annuel est rendu public sur le site de l’ANS. Cette obligation renforce la transparence et la pression réglementaire sur les éditeurs.

Des moyens de contrôle renforcés

Le décret détaille les moyens d’investigation de l’ANS.  

 Pour vérifier le respect des référentiels, l’ANS peut :

  • Procéder à des visites sur site
  • Demander des démonstrations des outils numériques
  • Obtenir les spécifications techniques des solutions.

Une information préalable de l’éditeur est obligatoire : motif du contrôle, identité et qualité des contrôleurs.

Déclenchement de la procédure de sanction 

La procédure se déroule en plusieurs étapes :

  1. Signalement ou contrôle
  2. Constat d’un manquement
  3. Injonction d’y remédier
  4. Persistance du manquement
  5. Proposition de sanction au ministre

Le ministre engage ensuite une procédure contradictoire. L’auteur du manquement dispose d’un mois pour présenter ses observations écrites à compter de la demande du ministre. Il peut demander à être entendu.

Calcul de la pénalité financière

Le décret introduit une véritable grille de la gravité prenant en compte :

  • la nature du référentiel non-respect,
  • le nombre et la gravité des non-conformités,
  • l’impact potentiel sur la prise en charge des patients
  • les risques pour la santé publique
  • les conséquences financières pour l’assurance maladie.

Le montant de la sanction financière ne peut excéder le montant proposé par l’ANS.

Plafonds des sanctions

Pour les éditeurs de services numériques en santé :

  • Jusqu’à 1 % du chiffre d’affaires réalisé en France
  • Plafond absolu : 1 million d’euros

Si l’éditeur ne communique pas son chiffre d’affaires dans les 15 jours suivant la notification de la sanction, la pénalité peut être portée à 1 million d’euros.

Les sanctions prononcées à l’encontre d’un éditeur sont rendues publiques sur le site de l’ANS.

Pour les personnes physiques, le plafond est de 1000 €.

Pour les personnes morales, il est porté à 10 000 €.

La sanction peut être assortie d’une mise en demeure de se conformer à la règlementation avec une astreinte journalière pouvant aller jusqu’à 1 000 € par jour.

Le produit des sanctions financières prononcées dans ce cadre est affecté à la CNAM.

Enjeux pour les éditeurs

Ce décret marque une étape importante dans la régulation des logiciels et plateformes de santé.

Il entraîne :

  • un risque financier significatif ;
  • un risque réputationnel avec la publication des sanctions ;
  • un renforcement des contrôles techniques ;
  • une obligation accrue de conformité documentaire et technique.

Les éditeurs doivent notamment :

  • vérifier l’obligation de certification,
  • auditer leur conformité aux référentiels,
  • documenter les preuves techniques,
  • anticiper les contrôles

FAQ 

Qu’est-ce que l’ANS ?

 Il s’agit de l’Agence du numérique en santé, agence ayant pour mission de créer les conditions du développement et de la régulation numérique en santé, promouvoir l’innovation au profit de professionnels et des usagers et assister les pouvoirs publics dans la conduite de projet numériques d’intérêt national.

Qui est concerné par le décret ?

Toute personne physique ou morale mettant en œuvre un service numérique en santé au sens du Code de la santé publique. En pratique il cible surtout les éditeurs de solutions numériques de santé mais impacte indirectement les professionnels de santé et établissements utilisateurs.

Quels sont les services numériques en santé visés par le décret ?

Les services numériques en santé visés par le texte sont ceux définis à l’article L.1470-1 du CSP, à savoir, les systèmes d’information ou les services ou outils numériques mis en œuvre par des personnes physiques ou morales de droit public ou privé, y compris les organismes d’assurance maladie, proposés par voie électronique, qui concourent à des activités de prévention, diagnostics, de soin ou encore de suivi médico-social.

Comment se déroule une procédure « type » ?

La procédure débute par un signalement (portail) ou contrôle, puis constat d’un manquement par l’ANS, elle prononce une injonction de remédier audit manquement. Si ce dernier persiste, l’ANS propose une sanction au ministre de la Santé. Le ministre sollicite des observations dans un délai d’un mois. La décision de sanction est rendue accompagnée éventuellement une astreinte, et est rendue publique.

Une sanction peut-elle être contestée devant le juge administratif ?

Oui. La décision du ministre constitue un acte administratif susceptible de recours devant le juge administratif (recours pour excès de pouvoir ou recours de pleine juridiction selon le cas). Un référé-suspension pourrait également être envisagé en cas d’urgence.

Une mise en conformité tardive permet-elle d’éviter une sanction ?

En principe, si le manquement cesse avant que la procédure de sanction ne soit engagée, l’ANS peut décider de ne pas proposer de sanction. En revanche, si le manquement persiste après injonction, le risque devient significatif, même en cas de régularisation ultérieure.

Les start-ups e-santé sont-elles concernées dès leur lancement ?

Oui. Le critère n’est pas la taille de l’entreprise mais la qualification de “service numérique en santé” au sens du CSP et l’obligation éventuelle de certification. Les jeunes éditeurs doivent donc intégrer la conformité réglementaire dès la phase de conception.

Le décret concerne-t-il les solutions intégrant de l’intelligence artificielle ?

Oui, dès lors que la solution constitue un service numérique en santé au sens de l’article L.1470-1 du CSP. L’IA n’exonère pas du respect des référentiels d’interopérabilité, de sécurité et d’éthique — au contraire, l’exigence documentaire peut être accrue.

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Article classé dans : Droit de la santé

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