Le Code de déontologie des pharmaciens fait (enfin) peau neuve
Le décret n°2026-156 du 3 mars 2026, publié au Journal officiel du 5 mars 2026, remplace intégralement le Code de déontologie des pharmaciens prévu par le Code de la santé publique (« CSP ») et modifie, à la marge, d’autres dispositions.
Ces nouvelles dispositions entrent en vigueur le 6 mars 2026.
Une réécriture complète du code : qui est concerné ?
Les dispositions du nouveau Code de déontologie des pharmaciens s’appliquent notamment :
- A tous les pharmaciens et personnes morales inscrits au tableau de l’Ordre,
- Aux pharmaciens ressortissants de l’Union européenne ou de l’Espace économique européen exerçant de manière temporaire ou occasionnelle,
- Aux étudiants en pharmacie autorisés à effectuer des remplacements,
- Aux pharmaciens faisant l’objet d’une omission du tableau de l’Ordre.
Tout manquement à ces règles est susceptible d’engager la responsabilité disciplinaire devant les juridictions ordinales, sans préjudice d’éventuelles poursuites civiles ou pénales.
Secret et indépendance : des principes réaffirmés et précisés
Une définition renforcée du secret professionnel
Le décret ne se contente pas de rappeler le principe, il en définit clairement le périmètre. Désormais, est clairement mentionné que le secret couvre tout ce qui a été confié au pharmacien, mais aussi tout ce qu’il a vu, entendu ou compris dans l’exercice professionnel. Et surtout, il met l’accent sur la responsabilité d’organiser la confidentialité et de faire respecter ces obligations par les collaborateurs.
Indépendance professionnelle face aux contraintes économiques
Le nouveau code réaffirme fortement les garanties d’indépendance professionnelle.
Il est notamment rappelé que le pharmacien
- ne peut aliéner sa liberté de jugement et
- ne doit subir aucune contrainte commerciale, financière ou hiérarchique susceptible d’altérer sa pratique professionnelle.
Sont également visées et interdits les modes de rémunération fondés sur des objectifs de productivité ou de rendement lorsque cela risque de porter atteinte à la qualité de prise en charge.
Suspicion de violences : une nouvelle obligation d’action pour les pharmaciens
C’est l’un des apports marquants du nouveau code.
Lorsque le pharmacien présume des violences, sévices, privations ou mauvais traitements, il doit
– agir par tout moyen afin de protéger la victime,
– en choisissant le mode d’action adapté à la situation.
Le texte encadre aussi le signalement auprès du procureur / « cellule d’information préoccupantes » :
- dans ce cas, en principe, le consentement de la personne est recherché
- mais il n’est pas requis pour un mineur ou une personne vulnérable
- et, s’agissant des violences conjugales, le pharmacien doit tenter d’obtenir l’accord de la victime et, à défaut, l’informer du signalement.
Il est à noter que le signalement effectué de bonne foi ne peut engager la responsabilité disciplinaire du pharmacien.
Dispensation des médicaments et devoir de conseil
Le décret précise la définition de l’acte de dispensation pharmaceutique qui comprend désormais explicitement :
- l’analyse pharmaceutique de l’ordonnance, lorsqu’elle existe
- la préparation éventuelle des doses à administrer, et surtout
- la délivrance d’informations et de conseils nécessaires au bon usage du médicament.
Le devoir de conseil est particulièrement souligné lors de la délivrance d’un médicament sans prescription médicale ou lors d’un renouvellement direct par le pharmacien. Il impose également des informations claires, appropriées et adaptées. Il interdit d’inciter à une consommation abusive de médicaments.
En cas d’erreur que ce soit quant à la prescription, la préparation ou la délivrance, le pharmacien doit
- informer sans délai le patient et le prescripteur,
- prendre les mesures nécessaires pour corriger ou limiter les conséquences,
- consigner l’événement et mettre ne place des mesures correctives.
Numérique et données de santé : une nouvelle exigence déontologique
Le recours aux outils et services numériques doit respecter : la déontologie, les exigences d’identifications, de sécurité et d’interopérabilité des services numériques en santé et ne doit pas dégrader la qualité de la prise en charge.
Il est attendu que le pharmacien s’assure que le patient a la capacité d’utiliser ces outils. En matière de données personnelles, la gestion des informations de santé doit être conforme
- au règlement général sur la protection des données (« RGPD ») et
- à la loi informatique et libertés (« LIL »).
Autrement dit, la conformité « data » ne relève plus simplement de contrôles ou de démarches de conformité, elle devient aussi une véritable exigence déontologique.
Communication et publicité des pharmacies : un assouplissement balisé
Le nouveau code opère un mouvement d’ouverture, tout en installant des garde-fous précis.
Clarification utile entre « information » et publicité
- Information : est un message ou renseignement dans le cadre professionnel, dénué de caractère publicitaire
- Publicité : consiste en la promotion commerciale de l’activité, de l’établissement ou de produits.
Cette distinction devient centrale parce qu’elle conditionne ce qui est permis, comment, et sous quelles limites.
Communication professionnelle autorisée
Le pharmacien peut communiquer :
- Des messages d’éducation sanitaire/sociale ou de prévention, à condition qu’ils soient scientifiquement étayés, présentés avec tact et mesure ;
- Et des informations contribuant au libre choix du pharmacien par les patients telles que le parcours professionnel, les compétences, les services proposés, les horaires, etc., y compris via un site internet.
En revanche, la ligne rouge est explicitement posée : pas de témoignages de tiers, pas de comparaisons avec d’autres pharmaciens, pas d’éléments trompeurs, pas d’incitation à un recours inutile à des actes ou à des produits de santé, ni de contenus portant atteinte à la dignité.
Officines et référencement : nouvelles possibilités de communication
La présence des officines est confirmée
- dans des annuaires
- sur des sites de groupement/réseau (identité, horaires, services, coordonnées, etc.)
- via des mécanismes de référencement numérique, sous réserve du respect du Code de la consommation.
S’agissant de la publicité, des règles distinctes sont prévues selon que l’on parle :
- De certains médicaments et produits relevant de la liste des produits soumis au monopole pharmaceutique ;
- Ou des produits dont la vente n’est pas réservée aux pharmacies ;
- Et de la publicité en faveur de l’officine.
Accès direct en officine : extension à certains tests
Outre les médicaments de médicament officinal, peuvent désormais être présentés en accès direct : les tests de grossesse et tests d’ovulation.
Ces produits doivent toutefois être placés dans un espace clairement dédié et identifié, à proximité immédiate des postes de dispensation et de manière à permettre un contrôle effectif du pharmacien.
Le pharmacien doit également mettre à disposition du public des informations sur le bon usage de ces produits.
FAQ
Pourquoi le Code de déontologie a-t-il été révisé ?
La révision vise principalement à actualiser certaines règles pour tenir compte des évolutions de la profession, des pratiques et du cadre juridique. Elle permet également de clarifier certaines obligations déontologiques et d’adapter le texte aux réalités actuelles. Le code a connu des ajustements ponctuels. Mais il n’avait jamais fait l’objet d’une refonte complète comme celle qui vient d’être adoptée depuis son intégration au Code de la santé publique en 1995.
Qu’est-ce qui change sur le secret professionnel ?
Le principe demeure, mais le décret le formule de façon plus « opérationnelle ». Le secret couvre ce qui a été confié et ce que le pharmacien a vu, entendu ou compris dans l’exercice de sa profession. Il insiste aussi sur l’obligation de le faire respecter par le reste de l’équipe.
Existe-t-il une procédure en cas d’erreur de dispensation ?
Oui. Si le pharmacien commet ou constate une erreur (prescription, préparation, dispensation/délivrance, etc.), il doit prendre sans délai toutes dispositions pour informer le patient, le prescripteur ou toute autre personne concernée, et prendre les mesures pour corriger ou limiter les conséquences.
Les professionnels doivent-ils modifier immédiatement leurs pratiques ?
Dans la plupart des cas, la réforme vise surtout à clarifier ou actualiser des principes déjà existants. Néanmoins, certains ajustements peuvent être nécessaires pour se conformer aux nouvelles dispositions.
Des sanctions sont-elles prévues en cas de non-respect du Code de déontologie ?
Comme auparavant, le non-respect des règles déontologiques peut donner lieu à des procédures disciplinaires selon les modalités prévues par les textes encadrant la profession.